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En février 2023, dix-huit leaders communautaires et défenseurs de la société civile issus des régions minières de Guinée se sont rendus en Afrique du Sud pour apprendre des communautés qui se mobilisent depuis plus d’un siècle contre les méfaits de l’exploitation minière industrielle. Organisée par GroundWork et des partenaires locaux, cette visite a révélé une vérité fondamentale : le véritable changement commence lorsque les communautés s’organisent elles-mêmes pour défendre leurs droits.
Malgré ses richesses minérales, l’Afrique du Sud reste profondément inégalitaire. Plus de la moitié de la population vit dans la pauvreté et de nombreuses communautés touchées par l’exploitation minière manquent encore d’eau potable et d’un environnement sain et salubre. A Mpumalanga et dans d’autres zones minières, les habitants ont décrit une grave pollution de l’air et de l’eau due aux centrales électriques au charbon et aux déchets industriels. L’une des leçons les plus importantes a été la manière dont les gens se mobilisent pour faire face aux divers problèmes.
Regardez la vidéo : Les communautés s’organisent pour un air sain: les guinéens s’inspirent du modèle sud-africain
Quand les communautés résistent à la division et mènent leur propre lutte
Confrontés à la pauvreté, à la pollution et à l’injustice sociale, les partenaires sud-africains ont mis en garde les visiteurs guinéens contre un schéma qu’ils connaissent trop bien : les sociétés minières créent des divisions à travers un recrutement sélectif et de fausses promesses. Molebohena Mathafena, de Vaal Environmental Justice Alliance (VAL) a déclaré que « les populations veulent travailler, mais que les opportunités sont accordées d’une manière qui crée des conflits entre les membres de la communauté. Pour eux, il s’agit d’une tactique visant à diviser pour mieux régner, afin que l’exploitation minière se poursuive paisiblement ». C’est pourquoi ils ont souligné, entre autres, que l’unité était primordiale. Lorsque le leadership est partagé, les communautés ne peuvent pas être facilement manipulées, et même« si une personne est compromise, 99 autres sont là pour mener le combat », a déclaré Thomas Mnguni, militant contre le charbon chez GroundWork en Afrique du Sud.
En 2012, 34 grévistes ont été tués à Marikana, un village de la province du Nord-Ouest de l’Afrique du Sud, situé à mi-chemin entre les villes de Brits et de Rustenburg, le long de la ligne de chemin de fer qui relie les deux villes. Les hôtes ont rappelé à la délégation que le militantisme dans les zones minières comporte des risques réels. Pourtant, les communautés poursuivent leur organisation malgré les menaces et les intimidations.
Promise Mabilo, une dirigeante du VEM, a souligné qu’il est important de « s’asseoir autour d’une table pour que ce soit une affaire communautaire, de sorte que même s’ils reviennent par la petite porte, la communauté reste ferme et dise que nous nous battons pour nos droits ».
Les femmes leaders, les groupes de jeunes et les mouvements comme le VEM ont montré comment l’éducation de porte à porte, la documentation des maladies et la remise en question des pratiques des entreprises peuvent renforcer le pouvoir collectif.
Un outil simple mais transformateur s’est démarqué : l’utilisation de collecteurs passifs (des seaux dans ce cas) pour la surveillance de polluants, un système de surveillance communautaire qui a permis aux habitants de mesurer eux-mêmes la pollution atmosphérique. La collecte de leurs propres données a aidé les Sud-Africains à prouver les niveaux de pollution et à faire appliquer les lois environnementales, un modèle que les villages guinéens peuvent adapter pour la poussière, la qualité de l’eau et les impacts des explosions.
Les Sud-Africains ne se contentent pas de résister aux abus des acteurs du secteur minier, ils créent des alternatives. Les installations solaires gérées par les communautés, les jardins et les initiatives en faveur de la préservation du climat, menées par les jeunes, montrent qu’une transition juste est déjà en train de se mettre en place depuis la base.
Leçons clés pour les communautés guinéennes
L’ expérience sud-africaine montre que le véritable changement commence lorsque les communautés elles-mêmes mènent la lutte pour leurs droits, en partageant largement leurs connaissances afin que chaque membre, et pas seulement leaders et chefs, comprenne les législations, les risques et les défis. L’expérience démontre également que l’unité est une forme de protection, tandis que la division ouvre la porte à la manipulation des entreprises. En documentant les cas de pollution, les promesses non tenues et les préjudices quotidiens, les communautés sud-africaines ont rassemblé suffisamment de preuves pour assurer une défense efficace de leurs droits. Et surtout, les militants locaux nous rappellent qu’il existe des alternatives : un avenir, fondé sur des ressources contrôlées par les communautés, des énergies propres et des moyens de subsistance régénératifs, est non seulement envisageable, mais aussi réalisable.
Le message était clair : lorsque les communautés s’organisent, elles deviennent de puissants agents du changement.

Amadou Bah, d’ActionMines Guinée, sait que le changement ne se fera pas du jour au lendemain, car « les barrières sociales en Guinée doivent être progressivement abolies afin que les citoyens comprennent qu’ils façonnent la gouvernance politique ». Néanmoins, l’espoir inspiré par l’expérience sud-africaine renforce la détermination de la délégation à soutenir les communautés et à leur donner les moyens de défendre leurs droits, car, comme l’a rappelé à tous le coordinateur de VEJA, Samson Mokoena, « nous devons repenser le développement en tant qu’Africains, définir le type de développement que nous voulons ».
Ce riche voyage d’échange et d’apprentissage a été coordonné par Lien De Brouckere, de 11th Hour Project, qui a apporté son aide pour définir les objectifs, préparer les participants et les compiler les principaux enseignements. Elle a ensuite produit un film sur ce voyage, avec l’aide du directeur de la photographie Tom Laffay et de la monteuse Kate Linhardt, qui ont modelé le récit, le scénario et les messages clés. Doublé en français et dans les trois principales langues locales de Guinée (malinké, pulaar et sousou), le film a pour objectif principal de partager les enseignements tirés de l’expérience sud-africaine avec les communautés locales et les organisations de la société civile en Guinée.
